La « 9ème » ? Une virginité sans cesse restaurée

15 février 2020 /

Comme interprète, il y a quelque chose de toujours émouvant et passionnant à se voir remis en présence d’une œuvre déjà servie plusieurs fois auparavant. Aussi étrange que cela puisse paraître, il arrive même que la magie de la découverte fonctionne à plein, en pareil cas, et ce, en dépit de repères déjà bien identifiés.

Ce phénomène de « virginité restaurée » peut, à vrai dire, trouver deux types de causes.

Les premières sont, logiquement, liées aux circonstances de la nouvelle production. Tant il est vrai que chaque maestro a sa « patte » personnelle, chaque orchestre ses sonorités propres, chaque salle son acoustique spécifique…

Mais d’autres facteurs, plus subjectifs, plus intimes, même, peuvent générer ce sentiment de quasi-découverte. Ils ont trait au chemin parcouru depuis la dernière interprétation, aux rencontres faites dans l’intervalle, aux apprentissages emmagasinés récemment.

Une oeuvre du répertoire, en particulier, aura constitué dans mon parcours l’exemple parfait de cette sensation de surprise sans cesse renouvelée, et toujours enthousiaste. Je veux parler de la Neuvième symphonie (opus 125) de BEETHOVEN.

Que ce soit à Shanghai, en tournée avec le Wiener Symphoniker et les chœurs locaux préparés « au couteau », ou alors plus récemment avec l’Orchestre de Chambre de Fribourg en Suisse, impossible de ne pas ressentir l’immense responsabilité qui nous est faite, comme solistes, de littéralement « emporter » le public vers les cimes magistralement dessinées par BEETHOVEN à hauteur de son mouvement final.

Il s’agit là, indéniablement, de l’un des moments les plus joyeusement solennels et puissants du répertoire classique. Il faut dire que la pièce est totalement atypique, avec ses quatre mouvements – dont un deuxième de 1414 mesures, coda comprise ! – et son final marqué par l’entrée en scène du chœur symphonique et des solistes ! Comment ne pas frémir lorsque, après une cinquantaine de minutes du romantisme le plus exacerbé, le chef plante son regard dans le vôtre, lançant ainsi la séquence conclusive de l’œuvre, plus lyrique – c’est le cas de le dire – que jamais !

Tout semble écrit ici de façon si évidente ! La difficulté n’en est pas moins considérable, qui exige de faire preuve de nuances et de précision alors que tout est balayé par un ouragan symphonique (d’ailleurs jugé par certains comme délirant !). Prendre part à la fête, profiter de ce très court moment solistique sans non plus être tenté par la démesure – et le fait de forcer sa voix, spécifiquement -, là est bien tout le défi de l’affaire !

Lors des dernières occasions qui m’ont été données de servir cette oeuvre, j’ai à chaque fois vécu pleinement ce moment, aspiré dans cette tornade grâce à la force de Chefs tout à fait magistraux. Parvenir à garder le cap du navire à travers les lames de fond de ce morceau de bravoure : voilà en effet un certificat de compétence des plus convaincants !

Dans ce compagnonnage qui fut le mien avec cette oeuvre hors-normes, une expérience tout à fait unique me fut offerte en ce mois de février 2020. C’était à Saint-Pétersbourg, au contact d’une figure exceptionnelle. Tellement exceptionnelle, au demeurant, qu’elle mérite bien qu’on lui dédie… un article distinct !

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UNE SEMAINE SOUS LA BAGUETTE DU « HARNONCOURT 2.0 » (suivre ce lien)