En quête de reconnaissance – Le « grand saut » transfrontalier

(« AU CAP DE L’AN 2000, LES DEBUTS INTERNATIONAUX » – TEMPS 1)

Au commencement, les premières expériences. Mains moites. Bouche pâteuse. Larynx anesthésié. Textes qu’on pense avoir intégralement oubliés. Bon gré mal gré, cela dit, les choses se passent. « Il ne faut pas se laisser gagner par le doute », nous soufflent nos aînés : c’est juste « le métier qui rentre »…

Entre « essais-erreurs » et folle excitation, ces premiers « tours de roues » me valurent, quoiqu’il en soit, de gagner – subjectivement – en assurance. Restait encore à grappiller – sur un terrain plus objectif, cette fois –  mes premiers indices de reconnaissance.

Ah, la reconnaissance… Ce « carburant » de l’artiste ! Cette force qui lui permet de rebondir, de se réjouir, de progresser… Cette « drogue », essentielle, vitale et dont le manque rend si fragile celui ou celle qui en est privé…

Il n’est pas besoin qu’il soit un grand angoissé ou un complexé notoire pour qu’un artiste lyrique ait un besoin vital de la validation de ses pairs et du public. Tout au long de son parcours, il la guettera du coin de l’œil, cette fameuse reconnaissance. Dans la mimique énigmatique d’un professeur ; dans les applaudissements des salles d’audition ; dans le prestige encore relatif des premiers engagements ; dans le regard d’un chef qui s’éclaire par suite d’une proposition de cadence pas trop mal avisée ; dans le sourire ému d’un metteur en scène qui savoure le fait que son intention ait été comprise, voire même enrichie d’une dimension à laquelle il n’avait lui-même pas pensé…

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Un saut réussi ne peut s’opérer sans un élan préalable. C’est la soprano suisse Evelyne BRUNNER, retirée en région lyonnaise, qui m’apportera cette indispensable poussée, tant sur le plan pédagogique que pratique, via le partage de sa vision, de son ressenti et de son expérience. Notre complicité de Suisses romands fut ici un catalyseur précieux.

A la faveur des excellents conseils de ma compatriote, je perçus et compris qu’une voix dotée d’un timbre avantageux ne suffit pas, même accompagnée d’une technique convenable. Pour chanter au sens plein du terme, il faut accéder à ses facultés avec courage. Il faut se mettre à nu. Il faut oser proposer. Il faut donner. Etre singulier et vrai. Briser ses chaînes. Bousculer certains codes.

Aidé par l’ancienne prima donna, je me sens revivre, après avoir forcé certains verrous. Sous sa direction artistique, j’aurai, en prime, l’occasion d’interpréter en région lyonnaise, Ernesto dans Don Pasquale, aux côtés de Jessica COMEAU en Norina.